Les indignés marchent sur Paris

Venus d’un peu partout en Europe, les Indignés marchent vers Bruxelles pour présenter leurs revendications. Avant la dernière étape capitale à Paris, le 17 septembre, la marche toulousaine et la “Merceta” madrilène se sont rejointes à Orléans, lundi 12 septembre. Nous les avons rencontrées pour connaître leur organisation et leurs aspirations.

Lundi matin, il est 6h30 sur la place du Martroi, à Orléans. Les Indignés ont installé leurs tentes au pied de la statue de Jeanne d’Arc. Léon, un jeune homme d’une vingtaine d’années, est resté éveillé toute la nuit. “Il y a une heure, on était six ou sept à discuter là-bas“, raconte-t-il, en désignant l’endroit où est entreposée la nourriture. “Et puis le cuisinier a dit “je vais dormir une heure” et je suis resté le dernier réveillé“.

Arrivés vendredi soir, les Indignés toulousains ont attendu les Madrilènes pour camper. Partis de Toulouse à moins d’une dizaine de personnes, ils ont rallié du monde au fil de leur marche. A Orléans, tous confondus, ils étaient un peu plus de quatre-vingts ce matin.

Vers 7h, un jeune homme vient saluer Léon. Il est veilleur de nuit et passe dire bonjour avant d’aller se coucher. Il regrette de ne pouvoir participer à la marche : “j’ai trop de choses à rendre“, explique-t-il; franchement ennuyé, après avoir parlé de sa thèse en anthropologie qui lui prend beaucoup de temps.

 

Autogestion et pouvoir horizontal

Pour se déplacer les Indignés ont choisi la marche. Mode de transport des démunis, la marche permet, en prenant son temps, d’avoir de meilleurs contacts humains. Nombreux sont les gens qui, sur le chemin, viennent discuter, se renseigner, voire marcher avec eux. Alors que le camp d’Orléans se réveille, un cycliste s’arrête pour prendre des nouvelles et demander si tout se passe bien, avant de repartir.

La logistique du camp est bien rodée : les sacs, tentes et duvets sont transportés dans des véhicules, ainsi que la nourriture récupérée ou donnée au fil du voyage. Des contacts sur leurs lieux de passage leur permettent de ne pas être démunis : pendant deux jours, les Toulousains ont logé “chez l’habitant” et sur la campement place de Martroi, un “sympathisant” vient vider les toilettes sèches installées la veille.

Il est 7h, le camp se réveille au son d’une guitare qui joue progressivement de plus en plus fort. Il va falloir préparer le petit déjeuner pour tout le monde. “Il faut qu’on se mette au diapason“, s’exclame Léon. “Les Espagnols sont très forts et savent très bien s’organiser ; nous, un peu moins“. Il faut dire que les Espagnols ont encore en souvenir deux années d’expériences anarchistes (et pas anarchiques : le premier signifiant l’ordre moins le pouvoir et l’autre, le désordre) connues entre 1936 et 1936.

Les mots d’ordre du groupe sont autogestion et répartition horizontale du pouvoir. Le fonctionnement est intuitif, avec une tendance au rééquilibrage constant des choses. Les fonctions (communication, tractage, cuisine,…) sont définies mais pas attribuées définitivement. “On tourne“, explique Léon. “Pendant quelques jours on va faire la cuisine et ensuite, on va s’occuper d’une autre logistique.

 

Rallier des citoyens jusqu’à Bruxelles

Les Indignés, en plus de tenir des assemblées générales, tractent et vont à la rencontre des gens. Ils ne se considèrent pas comme un groupe fermé mais estiment au contraire qu’ils peuvent simplement être un catalyseur pour rallier d’autres citoyens indignés. “Il paraît qu’on a été présenté comme un groupe idéaliste, utopiste. On ne pense pas agir seuls : on cherche à bouger les citoyens.” Libre à chacun donc, selon ses idées et ses disponibilités de rallier le mouvement.

Le ressort est bandé et cette fois-ci les Indignés ont un but : mettre Bruxelles (c’est-à-dire la Commission Européenne) au pied du mur de leurs revendications. Celles-ci devraient être votées lors d’une immense assemblée générale à laquelle sont attendus des Indignés de tous les pays et devraient ressembler à ce qui était décrit dans cet article : French revolution : que revendique-t-on au fait ?

Quant à savoir comment Bruxelles réagira, c’est une autre affaire : en effet, les Indignés ne disposent d’aucun moyen de pression réelle.

 

Camper à Paris à la Kadhafi

Bien avant Bruxelles, le 8 octobre, c’est l’arrivée à Paris, le 17 septembre dont commencent à discuter les Indignés. Où camper ? Devant la Bastille encore une foi, pour le symbole ? Ou devant l’Elysée comme plaisantent mi amusés mi sérieux les Indignés à Orléans ? “Kadhafi a bien planté sa tente dans le jardin de l’Elysée (ndrl : en fait, c’est dans les jardins de l’Hotel Marigny, à côté de l’Elysée). Si la France accueille la dictature les bras ouverts, pourquoi la “Démocratie Réelle” ne pourrait pas s’y installer aussi ?“, s’amuse d’avance Léon.

Si les Indignés n’ont rencontrés que des problèmes minimes avec les autorités pour l’instant, il se pourrait qu’il n’en soit pas de même s’ils décident de s’installer aux abords de l’Elysée.

#marchestobrussels

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