Quel espace pour la dignité à Bruxelles?

Source: Le Buvard Bavard

Bruxelles, le 7 octobre 2011
Rappelons que les Marches Indignées, parties fin juillet de Madrid, Barcelone et Toulouse, arrivent demain samedi 8 octobre dans la capitale européenne. Attendus par les Indignés de Belgique, les marcheurs seront rejoints par un nombre encore indéfini de femmes et d’hommes en provenance des quatres coins du monde. La semaine du 8 au 15 octobre sera celle de la première Agora Internationale, espace public de débats, d’assemblées populaires, d’ateliers et d’actions dans la ville. Elle apparaît d’ores et déjà comme une étape cruciale dans l’évolution étonnante de ce mouvement populaire.
Certains d’entre vous ont certainement été informés de la décision prise il y a 2 jours par le bourgmestre de la commune de Koekelberg d’interdire l’installation du Campement International des Indignés dans le parc Elisabeth. Suite à la notification de cette décision, les réactions de désapprobation sont nombreuses, et pour cause. Une des principales ambitions des Indignés n’est-elle pas de se réapproprier l’espace public? Hier, une trentaine de députés européens, verts et socialistes, sont également montés au créneau en co-signant une lettre qu’ils ont adressée au Ministre-Président de la Ville de Bruxelles, ainsi qu’aux bourgmestres des communes de Bruxelles-Ville et de Koekelberg. Le groupe parlementaire GUE/NGL (Gauche Unitaire Européenne / Gauche Verte Nordique) a également réagi en publiant un communiqué de solidarité avec les Indignés. Voici la réponse du cabinet de la Ville de Bruxelles, datée du 6 octobre 2011.
N.Ref. : Ft/LaD/BeR/Arc
Mesdames et Messieurs les députés,
Je vous remercie pour votre courrier qui a retenu ma plus vive attention.
Je puis vous assurez que la Ville de Bruxelles s’efforce depuis plusieurs jours à trouver activement une solution d’hébergement pour le mouvement des indignés. La Ville de Bruxelles a d’ailleurs permis aux organisateurs de mettre la partie “port” du site de Tour et Taxi à la disposition des “indignés” pour qu’ils puissent y camper.
Vous le constaterez donc, la Ville de Bruxelles entends permettre au mouvement de faire entendre sa voix dans la dignité dans une structure d’hébergement adaptée.
Parce que, comme vous, je suis convaincu que la Ville de Bruxelles – et telle est mon ambition pour celle-ci en ma qualité de Bourgmestre – doit rester une capitale ouverte sur le monde en offrant un espace de dialogue et de revendications sur les grands enjeux de société qui nous interpellent, nous femmes et hommes politiques.
En espérant avoir contribuer à vous rassurer quant à l’engagement de la Ville de Bruxelles dans ce dossier, je vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs les députés, l’assurance de mes très cordiales salutations.
Freddy THIELEMANS,
Bourgmestre de la Ville de Bruxelles
Que penser de cette lettre ?
De toute évidence, les autorités préfèrent enfermer les Indignés dans un lieu clos, à l’écart, afin de réduire leur visibilité et de minimiser leurs contacts avec la population (ce qui est précisément un des buts affichés du mouvement). Dans une rhétorique rassurante et magnanime, le bourgmestre de Bruxelles rappelle au passage aux députés européens que les politiciens, ce sont eux – dénigrant d’entrée le caractère profondément politique de l’action des Indignés. Qui sait, se dit-il peut-être, avec un peu de chance, le mouvement des Indignés pourrait se résumer demain à un de ces dossiers poussiéreux des archives de l’administration.
Seulement voilà, les Indignés sont précisément à Bruxelles pour se placer au centre de l’arène politique. Venus de tous horizons, ils sont ici pour réellement faire de la politique, au sens premier du terme. Les assemblées populaires, les débats, les ateliers et les actions dont Bruxelles sera le théâtre sont des actes politiques en soi. Car on peut être non-violent et résister. On peut agir dans l’intérêt collectif et désobéir à toute instance dont l’action porte atteinte aux libertés et à la dignité humaine. La méthodologie et la pratique du mode assembléaire que le mouvement s’emploie à réinventer tend à être légitimée par le fait qu’elle est réellement décidée par les gens du peuple et non par des représentants par trop déconnectés du monde réel.
Face à ce premier signal, nous pensons qu’il est important de prendre de la hauteur et d’envisager la suite de nos actions avec sérénité. Les multiples expériences que nous avons pu vivre ces derniers mois, à Bruxelles, Paris ou Barcelone, ainsi que celles de nos semblables, ailleurs sur la planète, nous ont à chaque fois rappelés à nos convictions profondes, non-violentes, horizontales mais déterminées.
Alors que les marcheurs foulent déjà le sol belge en direction de sa capitale, que le plan initial est à priori toujours d’actualité et que les réseaux citoyens s’activent comme dans une fourmilière, les échanges et les débats ont déjà commencé, sur la toile ou dans les assemblées, au sein du mouvement, dans les médias et les cercles politiques locaux et européens.
Littéralement,
Badi Baltazar & Roland Nasky


#marchestobrussels

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