Lettre à JF Publié par Roland Nasky

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Salut JF,
Juste un court message depuis le Media Center du Mouvement des Indignés à Bruxelles. Ce soir, je suis de passage avec Badi et ce que je découvre est ‘unbelievable’ ! Le Mouvement squatte – avec la bénédiction des autorités – les bâtiments désaffectés d’une université* située rue de la Liberté (ce n’est pas une blague) à deux pas du Parc Elisabeth à Koekelberg. S’il ne régnait pas ici une fiévreuse bonne humeur, le désordre de cet endroit délabré aurait un peu les allures d’une cité d’après la bombe. Perché au cinquième étage (Media Center), je découvre un panorama imprenable sur la ville. Je me suis installé juste à côté du bureau du recteur. Tout ceci a quelque chose de surréaliste. Dans une grande pièce bourrée d’ordinateurs, j’observe le va-et-vient de toute une bande d’idéalistes au look improbable. A mes côtés, je reconnais des têtes familières, quelques-uns des marcheurs espagnols ou français entrevus lors de la Marche du 17 septembre à Paris. Ici ils se passent en boucle les  images choc de  Vinc et Quentin avec qui nous étions là-bas.
Dans ce grand laboratoire vivant, tous et toutes s’activent à refaire le monde, bien décidés à ne pas céder devant la fatalité du monde qui va mal. D’une langue à l’autre, sur des rythmes rock ou funk, entre les canettes de bière et les volutes de fumée, la résistance s’organise avec les moyens du bord. Il y a de l’agitation. Une certaine gravité aussi. Le processus est ardu car tous ces gens ne se connaissent pas encore bien, certains débarquent à peine et viennent de loin, Barcelone, Madrid, Bordeaux, Toulouse, Amsterdam, Berlin… Mais ici il y a une place pour chacun, les gens prennent une place là où ça leur convient le mieux. Ici c’est la cellule communication, mais en bas se déroulent des assemblées populaires, de multiples ateliers sur 36 thèmes de société, la préparation des actions qui ont lieu quotidiennement dans les rues, sur les places publiques, dans le métro ou devant les banques. Ce soir c’est J-2, tout le monde vit dans la perspective de la grande manifestation qui aura lieu ce samedi 15 octobre. En écho, d’autres manifestations doivent avoir lieu dans quelques 400 villes dans 45 pays sous le thème de #GlobalRevolution.
Franchement, je ne sais pas si les Indignés changeront le monde. Mais bon sang quelle fantastique entreprise ! Et puis je repense à nos récentes discussions. Alors que le paquebot coule, comment font les gens pour ne rien voir ? Ils continuent comme si de rien n’était. Au fond, je crois que ça doit être ça, pour eux, la dignité. Mais ne faudra-t-il pas se réveiller un jour face au toujours plus ? Plus de résignés au chômage comme au travail, plus de pauvres, plus de mensonges et de cynisme, plus de corruption, plus de pollution, plus de déni… Que restera-t-il à nos enfants ? Si les mauvaises nouvelles, d’où qu’elles viennent, ne suffisent pas, je peux t’affirmer qu’ici la sensation du monde qui va changer devient quasi palpable.
Alors oui j’entends d’ici les critiques. Je remarque les silences gênés ou les regards fuyants lorsque je fais mine d’aborder le sujet. Mais comme tu as peut-être pu le lire sur la page facebook de Badi : … “Si l’on attends des Indignés qu’ils changent le monde, autant attendre le messie, bien au chaud dans son fauteuil. Par contre, si l’on veut vraiment changer le monde, alors commencons par nous libérer de nos propres certitudes et de nos propres aliénations et rejoignons-les. Les Indignés ne sont là que pour allumer la mèche, ni plus ni moins. Rien ne changera si les acteurs de la société civile se limitent à les observer et à les juger. Dès lors que leurs mobiles sont les nôtres, il en va de notre responsabilité. Au lien d’agir, chacun dans notre coin, sous la bannière de notre association ou de notre ONG, ne serait-il pas plus utile de faire converger nos forces pour une action commune ? Je suis désolé, mais j’ai plus de mal à cautionner la gratuité de la critique que le manque de maturité de l’action. Sur ce, je vous donne rendez-vous le 15 octobre, à 13h30, Gare du Nord, à Bruxelles.
Alors, dis, tu seras là ?
Amitiés,
Roland
*Hogeschool-Universiteit van Brussel (HUB)

#marchestobrussels

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